M A M I A L B . c o m





Une journée particulière de... 336 heures

Voir le soleil de minuit. Un rêve ? Non. Juste une envie. Une très grosse envie. C’est pourquoi, Michèle et moi, sommes partis, sacs au dos, pour le voir, ce satané soleil de minuit, ce « midnight sun ». Et où le voir au mieux ? Là-haut, tout là-haut, au pays des rennes et du père Noël. Tout en haut de la Norvège.

But : aller au Cap Nord (Nordkapp dans la langue locale) durant le jour sans fin. Bref, voir le soleil de minuit. Le Cap Nord c’est l’endroit le plus au nord d’un continent, situé à 71° et des broquilles. Au-delà il faut y aller en bateau ou en brise glace suivant la saison ! Période optimum : juin-juillet, l’idéal étant fin juin : ça tombe bien, on était là bas le 27 juin.

Les moyens : premières réflexions : la voiture. En gros, presque 10 000 bornes en 15 jours. C’est donc passer son temps à rouler, à être captif de son véhicule avec les risques de PV, les limitations de vitesse sont sévères en Norvège, et le gasoil qui coûte plus cher que chez nous. Donc, la voiture, tu oublies. Reste l’avion pour une partie et ensuite… on improvise !

Et c’est parti !!! le dimanche 24 juin de Roissy, arrivée 4h plus tard à Oslo. Hôtel pour 2 nuitées et visite de la capitale dimanche soir et lundi. Bon, c’est court, mais c’est pas très gros, Oslo. Sympa, mais pas très gros. Le mardi de très bonne heure, direction l’aéroport pour Alta, ville située déjà bien au-delà du cercle polaire. En Norvége, les hôtels sont oubliés. A cause du prix. Hors de prix. Même les auberges de jeunesse sont très chères. Alors ? Et bien bonjour le camping. Et, une fois sur deux, sauvage, chose très tolérée en Norvège.

On arrive donc à Alta et là on se rend compte qu’on est bien très au nord. Une bise glaciale vous le rappelle. Allez, on ouvre les sacs à dos et on sort les pulls ! Pour poursuivre notre route, un seul moyen : le bus, direction Honningsvag. La dernière bourgade habitée. Pas très avenante mais le climat ne doit pas trop rendre les habitants très gais. Et de là, re-bus. Mais celui là c’est celui des touristes. Il vous emmène et vous ramène dans l’heure qui suit. Sauf que nous, on voulait y passer la nuit et surtout minuit. Donc on a campé, pour la première fois, au Cap Nord. Dans un endroit magnifique, entouré de montagnes avec des abrupts et de collines pelées, seulement recouvertes de lichen, nourriture favorite des rennes qui pullulent en liberté. Pas d’arbres. Rien que du lichen. Impressionnant.

Anecdote 1 : on était donc arrivé au Cap Nord vers 22h30, on fait le tour du zinzin, on photographie, on se photographie, on demande à des personnes de nous photographier, comme de bons touristes que nous étions. On s’achète aussi des bonnets, 5°C au thermomètre et on écrit des cartes postales. Tranquilou, tranquilou. Machinalement, on regarde l’heure : 2h du mat’. Ouaouhhh !! On va donc monter la tente et s’installer. Il était 3h. Pas trop sommeil, il faisait grand jour. On pouvait lire le journal sans lampe dans la guitoune ! Magique !!

Retour à Honningsvag pour une nouvelle nuit de camping sauvage avant de monter dans un bateau de croisière. Notre petite folie de ces vacances. En fait, toutes ces vacances ont été une folie. Le bateau donc, pour nous amener vers Tromso. Une étape qui va nous servir de départ pour la suite. Dix huit heures pour voir la Norvège autrement. De jour comme de nuit, si on peut dire.

Précision : les restaurants sont aussi très chers. Donc là aussi on oublie. C’est réchaud à gaz, boites de conserve et casse dalle !

A Tromso, on se rend dans un terrain de camping, pas très loin du centre ville. Pour profiter enfin de douches, d’une cuisine et aussi du Wi-Fi. On avait une tablette avec nous. Beaucoup moins lourd qu’un portable. Comme par hasard,à Tromso s'y déroulait un marathon ! Qui s'appelait le "marathon du soleil de minuit ! Véridique. Et comme par hasard j'y était inscrit ! A voir dans la rubrique des marathons. Visite de la ville et tout le tralala habituel et de là, à l’aide d’un trimaran, on se rend aux iles Lofoten. Le truc à voir. Des sites à couper le souffle. Féérique. Aucun photographe ne peut rendre « le bordel » sismique qu’il a dû y avoir il y a quelques millions d’années pour accoucher d'un tel décor.

Les «Lofoten », on y a passé 4 jours : visite de plusieurs villages de pécheurs avec leurs séchoirs en plein air remplis de poissons ( eh oui, après ce traitement ce poisson devient de la morue !). On a aussi planté notre tente, juste avant le panneau d’interdiction de camper, au bord d’une plage de sable très blanc et très fin (si, si) entourée d’ un coté par un fjord, de l’autre une montagne peuplée de moutons. Ils ont remplacé les rennes. Tous les déplacements, dans ces iles, se déroulaient en bus et, évidemment, à "pédibus".

Pour la dernière nuit aux Lofoten, on a « planté », à cause du vent, la tente sur un plateau face à la mer et à la montagne. Tout ça en même temps. Au départ on était un peu seuls, au petit matin on était bien entourés par d'autres campeurs . Ce village s’appelle « A », avec un petit rond sur le A (on n’a pas ça sur nos claviers) et qu’il faut prononcer « O » et il se situe à l’extrême bord des Lofoten. Bizarre comme nom, non ? Là aussi, l’endroit était magique.

Anecdote 2 : en plus de nos 2 sacs à dos, on avait aussi une valise munie de 2 roulettes. Chercher l’erreur ! L’idée de départ était de laisser la valise dans une consigne, lorsque l’on faisait une boucle et la récupérer ensuite. Sauf que. On n’a jamais fait de boucles ; quand on partait d’un endroit on n’y revenait plus. Sauf une fois. A Honningsvag. Mais là, il n’y avait pas de consigne !!!

Donc ce qui devait arriver, arriva. Une roulette à rendu l’âme. La porter, une galère. Avec une branche, on a fait une sorte de brancard et, Michèle d’un coté et moi de l’autre, on l’a trimbalé comme ça. On avait 9km à faire pour rejoindre un arrêt de bus. A Epinal, on aurait eu un peu, et même beaucoup, la honte. Là, on se marrait bien ! A 4km de l’arrivée, un couple en voiture nous a proposé de nous transporter. On n’a pas dit non. Elle était Allemande et parlait bien le Français, lui, Italien. Pendant 5mn on a un peu papoté. A destination, grosse surprise. Un bus était en partance pour notre destination du lendemain. Du coup, on a gagné une demi-journée dans notre planning

Pêle-mêle : quand on part comme ça, un peu à l’aventure, on doit s’adapter aux circonstances. Le schéma du voyage est tracé à l’avance, reste à se conformer aux moyens et horaires des transports, aux lieux de campings, souvent très loin des centres villes… C’est ainsi qu’en l’espace de quelques heures on a changé 3 fois nos plans pour le lendemain

Autre souci : la langue. Le norvégien, c’est même pas la peine. Reste l’anglais. Dans le meilleur des cas, c’est quelques mots de pigés. Après il y a les gestes, les supputations, le pifomètre. Mais avec le sourire, ça passe quasiment toujours.

Les fjords : en fait il n’y a que ça là-bas. Il n’y a que des creux et des bosses. Dans les creux, la mer s’y engouffre : c’est un fjord. Quasiment partout on peut y pêcher gratos. Le rêve pour les amateurs de la gaule.

Le retour à Oslo : Pour quitter les Lofoten un seul moyen, le ferry : 3h30 de navigation pour amerrir à Bodo. De là, on a choisi le train. Une autre manière de voir le paysage : le retour des plaines, des vaches en pâture, des champs fauchés, les premiers arbustes suivis, après quelques heures de voyage, des conifères. Mais partout, sur des hauteurs, de la neige ! Début juillet quand même. Le train. Pas triste. 1h30 de retard au départ et on n’avait qu’une heure de battement à une gare pour une correspondance !!! Pas un TGV ce train, c’est encore des locos diesels. Sur 4 wagons, 2 sont voyageurs, 1 pour les familles avec un espace jeux pour les enfants et un grand espace pour les poussettes et 1 snack. Il n’y a qu’une seule voie. Les trains se croisent dans les gares, le premier arrivé attend l’autre pour continuer. Ce qui donne 19h pour 1200 km. Calculez la moyenne horaire. Vous avez 4h.

Donc l’avant dernière nuit s’est passée dans le train. Dur, dur pour dormir. A Oslo, quelques heures pour se retremper dans la ville avant d’aller à l’aéroport. Le départ étant prévu pour 6h du mat’ et, devant être présent 2h avant, on avait décidé d’y passer la nuit. Cette dernière nuit a aussi été rock and roll.

Anecdote 3 : on avait 3 petites bouteilles d’eau pour boire dans la journée. On les remplissaient au fil des salles d’attente de bus ou autre. A Oslo, rien de gratuit. Sinon les toilettes de l’Opéra. A 200 m de la gare. On a fait 3 fois le voyage dans un après-midi rien que pour ça. Dans un magnifique Opéra d’architecture ultra moderne, tout en marbre à l’extérieur, de bois en déco intérieure. Une fierté de la Norvège. Et nous... des sans-gênes !

Anecdote 4 : 3 heures avant le départ, je regarde les billets, inquiet de na pas voir notre vol annoncé. Stupeur : ce n’était pas le bon aéroport. Et pour passer de l’un à l’autre, il fallait 3h dixit le gus des renseignements. C’était donc râpé. Restait à voir avec la nana de la compagnie qui est arrivée 1h plus tard. On a baragouiné en anglais, un peu pleuré, tiré la tronche. Pour ça, c’était pas difficile, vu la courte nuit qu’on venait de passer. Enormément sympa, la donzelle. Elle nous a converti les billets sur un autre vol sans changement d’aéroport. Et sans surplus à payer. Ouf, ouf, ouf. Vraiment sympa.

La météo : évidemment, c’était assez frisquet. Faut dire aussi qu'on s'en doutait en allant dans cette partie du monde. Un 5°C tout au nord, mais des 12°c à 15°C n’étaient pas rares pendant le séjour. Le plus souvent le temps était médiocre au lever pour s’éclaircir au fil de la journée et finir avec un soleil de minuit éclatant. Le lundi de la seconde semaine a été pluvieux toute la journée et là nous avons été, le soir, dans un camping pour bénéficier d’une douche chaude et d’une cuisine. C’était notre pire journée. On a quand même « subi » une journée caniculaire. Si, si !! Mais qu’une seule journée. Fallait pas trop rêver quand même.

Avantages-inconvénients de la journée sans fin : pour qui ne peut s’endormir dans le jour, c’est un problème. Les « caches yeux » sont une solution. Par contre, pour qui voyage, comme les randonneurs VTTistes, très nombreux dans cette partie de la Norvège, arriver avant la nuit n’est pas une préoccupation du tout et il n’était pas rare de se lever et de se voir entouré de nouveaux voisins arrivés on ne sait quand.

Grosse déception : on a bien vu les rennes, mais pas le Père Noël. J’avais, pour lui, ma commande pour la fin de l’année. Dommage.

Et pour finir : on a découvert un pays très loin du notre : une journée sans fin en été et une nuit continue en hiver sous un climat rude dans un paysage façonné à la hache : des montagnes aux faces acérées et des vallées envahies par la mer. Mais la nature et les hommes s'y sont acclimatés. Avec 15°c, beaucoup était en tee-shirts, alors que nous... Visiteurs et autochtones respectent cet environnement et nous n'avons jamais constaté un laisser-aller écologique bien que le camping sauvage y soit largement toléré. Vivre dans un jour sans fin, c'est très amusant et cela a été une réelle découverte. C'était aussi le but de ce voyage.

Epilogue : on s'est bien amusé et on a bien rigolé durant ce séjour, d'autant que l'on a jamais été en détresse, de quelque manière que ce soit. Le seul moment délicat, c'était le dernier jour, quand un s'est aperçu de notre erreur d'aéroport. Retour dans nos foyers dans la nuit du dimanche 8 juillet au lundi 9. Question de Michèle : quand qu’on repart ? Quand tu veux ! Et oui, le retour au quotidien, que c’est dur !!

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